Le financement lors de la création de son entreprise

Le financement lors de la création de son entreprise – Capital Investissement

   

Le financement lors de la création de son entreprise – Capital Investissement

Interview de Jean Jacquin
Entrepreneur et investisseur confirmé – Expert en capital Investissement

Jean Jacquin est diplômé de l’école des Mines et d’un MBA à Harvard

Entrepreneur dans le secteur aéronautique et spatial
Il a été également responsable des investissements d’une banque d’affaires
Il a ensuite dirigé un fond de Capital investissement.

A ce titre, il a été administrateur et membre du Comité Executif de l’EVCA (European Venture Capital Association)
et administrateur de l’AFIC (Association Française
des Investisseurs en Capital). Par ailleurs, il a enseigné la création dʼentreprise, le contrôle de gestion et l’analyse stratégique à HEC et à l’ESSEC

Aujourd’hui, il aide les entrepreneurs grâce à sa société ADVITECH

 

 

 

Interviewer :              Bonjour à tous, donc, nous sommes en présence aujourd’hui de monsieur Jean Jacquin qui est un entrepreneur confirmé, et qui est le dirigeant-cofondateur de la société Advitech. Donc, bonjour monsieur Jacquin.

Jean Jacquin – Capital investissement :           Vous voulez que je me présente ?

Interviewer :              Oui avec grand plaisir.

Jean Jacquin – Capital investissement :        Bon, je suis ingénieur de formation avec un complément d’une école de business aux états unis, j’ai fait trois choses dans ma vie. J’ai d’abord créé mon entreprise dans le domaine des composants aéronautiques, je l’ai gardé une dizaine d’années, revendue, ensuite 10 ans de banque d’affaires comme directeur des investissements industriels, et depuis le capital Risque.

Dans le capital Risque, j’ai en particulier dirigé la filiale capitale RISQUE  de [DF] et de [LIDI] pendant 13 ans. J’ai créé ce qui je crois était le premier fonds de capital investissement « Early Stage » en Europe dédié à la santé, donc qui s’appelait [UMV], qui a très bien marché, créé en 1992 et terminé 10 ans plus tard.

Et aujourd’hui, je suis assez largement retraité, mais je conserve des fonctions quand même dans un des grands fonds de capital investissement  technologique français.

Interviewer :              D’accord.

Jean Jacquin – Capital investissement :            Voilà, et accessoirement, il y’a quelques années, 3 ans, avec deux amis qui ont eu un peu le même parcours que moi, donc une expérience à la fois d’entrepreneur et de financement des entreprises, nous avons créé une petite société de conseil essentiellement pour essayer d’aider les entrepreneurs à démarrer leur entreprise en leur faisant gagner un petit peu de temps, en leur évitant quelques uns des pièges classiques et je crois que notre motivation essentielle était d’essayer de transmettre cette petite expérience plutôt que de faire d’[Advitech] une grande société de conseils internationale, voilà…

Interviewer :             Puisque vous avez vu – j’imagine – de nombreux dossiers d’entrepreneur de par votre expérience. Quel est le constat que vous en faites par rapport au dossier que vous voyez passer ?

Jean Jacquin – Capital investissement :           Vaste question… Quel constat… Beaucoup de constats. Premièrement, j’aurais précisé que nous nous intéressons presque uniquement au dossier technologique. Ce qui est quand même déjà un tout petit peu réducteur, donc, ce que je vais dire concerne plutôt les entreprises qui sont créées par des chercheurs, des ingénieurs, soit des chercheurs universitaires, soit des ingénieurs dans le cadre d’entreprise, dans le cadre d’un essaimage de cette entreprise.

Alors, peut être la première constatation que nous faisons c’est que en 30 ans puisqu’il y’a pas loin de 30 ans que nous sommes dans le métier du capital investissement. En 30 ans, la qualité des entrepreneurs s’est considérablement améliorée.

Interviewer :             Et c’est bon signe ?

Jean Jacquin – Capital investissement :           Je parle de la France là, plus particulièrement de la France, mais c’est un petit peu vrai, un petit peu partout dans le monde. Bon aux états unis, il y’a longtemps déjà qu’on trouve des entrepreneurs de qualité. En Europe, c’est un peu plus récent et en particulier en France, je trouve que dans les quelques dernières années, disons dans les 10 – 15 années, les progrès sont tout à fait considérables.

Ça tient probablement, également, à un changement de vision de l’ensemble de la population par rapport au métier d’entrepreneur ou par rapport au rôle des entrepreneurs, je ne vais pas trop caricaturer mais enfin il y’a … quand j’ai commencé à travailler, il y’a la création d’entreprise, c’était même pour un ingénieur sorti d’une bonne école, c’était un petit peu considéré comme dégradant. Ce qui était bien c’était de faire carrière dans les grands groupes, il n’y avait pas un statut très valorisant. Le statut de créateur d’entreprise n’était pas quelque chose de très valorisant sans aller jusqu’à dire que c’était mal vu d’essayer de faire quelque chose de commercial et de vouloir gagner de l’argent.

Il y’avait un tout petit peu de ça dedans, donc la mentalité générale a évolué, je rappelle puisque vous êtes un ancien de l’ESSEC, vous ne savez peut être pas que c’est moi qui a créé le cours de – je ne sais plus comment il s’appelait déjà – de la vocation d’entreprendre ou quelque chose comme ça à l’ESSEC en 1972.

Interviewer :             D’accord. Je vous remercie (rire).

Jean Jacquin – Capital investissement :        J’étais à l’époque, j’allais voir le directeur de l’époque en lui disant c’est important de développer la création d’entreprise, et bon ils avaient marché. Et j’ai animé ce cours pendant – je ne sais plus – deux ou trois ans. Donc, c’est une vieille histoire.

Donc, c’est une vieille histoire mais qui illustre quand même quelque chose d’intéressant, c’est que aux états unis en Angleterre dans d’autres pays les cours de création d’entreprise existaient depuis très longtemps déjà, alors que en France – à ma connaissance – l’ESSEC c’est en 1972, HEC est venue un tout petit peu après, j’ai fait la même chose pour le CPA, et c’était dans les années 85-90, je ne me souviens plus bien.

Donc, c’est quelque chose relativement récente, donc, il y’a eu à la fois une évolution générale des idées. La presse a commencé à s’y intéresser le gouvernement a commencé à en parler timidement, maintenant, il considère que c’est quelque chose de prioritaire, et ça a probablement incité plus d’ingénieurs ou de chercheurs à tenter l’aventure et on arrive même maintenant dans des générations d’entrepreneurs qui en sont à leur deuxième ou troisième aventure, et c’est évident que la chance de succès quand il y’a eu une dizaine d’années d’expérience surtout si cette expérience a été bonne, les chances de succès d’une nouvelle entreprise sont considérablement améliorées.

C’est quelque chose qui existe aux états unis depuis très longtemps ça. Les entrepreneurs multiples, donc, première constatation où il y’a eu une amélioration à mon avis tout à fait considérable est des entrepreneurs de la qualité des entrepreneurs et du contexte dans lequel ils travaillent.

Je donne un autre exemple, beaucoup d’entreprises sont créées à partir de recherches qui sont faites dans des laboratoires publiques. Je pense par exemple au CNRS, au laboratoire électronique du CEA, encore une fois il y’avait des exceptions mais pour caricaturer un tout petit peu il y’a 10 ans encore quand un chercheur quittait l’un de ces centres, on lui disait « bon vent » à la rigueur on l’aidait un petit peu, et surtout on voulait en entendre parler le moins possible, il était hors de question pour ces organismes publiques de prendre une participation dans l’entreprise, c’était vraiment un changement d’univers et en général, enfin très souvent, l’entrepreneur qui quittait son milieu de recherche était plutôt pas très bien vu par l’ensemble de ses collègues, un petit peu ‘jalousé’ au cas où il réussirait on lui en voulait au départ et puis de toutes les façons, ‘mal vu’, c’était quand même un petit peu… Comment… Un petit peu un abandon du service public, ce n’était pas bien.

Aujourd’hui les choses ont considérablement évolué, il y’a toujours des gens jaloux qui vont en vouloir aux chercheurs qui quittent le centre, il y’en a toujours quelques uns qui considèrent que ce n’est pas bien mais il y’en a aujourd’hui en général, une majorité assez forte qui dise : « C’est très bien, bravo, ça nous fait plaisir » et autre chose intéressante les centres de recherche qui font de l’essaimage cherchent à valoriser on me disait hier que un des très grands laboratoires publiques par exemple en ce moment est disposé à aider le chercheur à créer son entreprise mais exige d’avoir 15% du capital au moment du premier tour majeur de financement.

Donc ça montre un changement d’attitude tout à fait considérable vis à vis de l’entreprise.

Interviewer :             15% c’est beaucoup pour une …?

Jean Jacquin – Capital investissement :           C’est énorme, c’est énorme, à mon avis ça va poser d’autres problèmes ça.

Interviewer :             Oui.

Jean Jacquin – Capital investissement :            On pourra en parler, mais il y’a un problème majeur d’ailleurs c’est que « on dit 15% c’est obligatoire », mais on ne dit pas dans quelles conditions le financement va se faire, donc qu’est ce qui se passe si ce centre de recherche n’est pas d’accord avec les autres investisseurs sur la valorisation.

Bon, on en est encore dans les … Tout ça, ça mérite de se roder. Ce que je voulais signaler simplement, c’est qu’il y’a un changement tout à fait considérable de la qualité des entrepreneurs et du contexte dans lequel ils travaillent, même s’il y’a encore des problèmes notamment par exemple du côté du financement, même notamment du côté de l’attitude des banques, etc. Mais enfin globalement, ça va bien.

Interviewer :             Ça s’améliore.

Jean Jacquin – Capital investissement :           Ça s’améliore.

Interviewer :              Alors, je voulais faire un sondage auprès de nos auditeurs pour beaucoup ici qui sont sur la démarche de vouloir créer leur entreprise, donc ils ne savent pas forcément par quoi commencer, donc, mais généralement quand on a une idée, on souhaite faire un business plan, un dossier financer. Vous qui en avez vu passé beaucoup, notamment dans le secteur technologique, quels sont les conseils que vous pourriez donné à ces personnes qui souhaiteraient se lancer mais qui ne savent pas forcément par quoi ou par où commencer ?

Jean Jacquin – Capital investissement :           Vaste sujet.

Interviewer :             Egalement (rire)

Jean Jacquin – Capital investissement :            Bon, il y’a plusieurs angles de réponses à votre question. Bon, je crois premièrement, il faut que l’entrepreneur sache vraiment lui-même ce qu’il a envie de faire. C’est-à-dire, on voit un certain nombre de dossiers qui – de toute évidence – ne reposent pas sur grand-chose, c’est simplement : « Bon, tiens, j’ai envie de faire patron, qu’est ce que je pourrais bien faire », et puis, ils prennent la première idée qui leur vient l’esprit.

Je pense qu’un dossier n’a de chances d’aboutir, de trouver son financement et ensuite de réussir que s’il correspond à une véritable réflexion, bon, ça c’est une évidence, alors en supposant qu’il y’a un réel projet, ma recommandation c’est de ne pas se précipiter à rédiger quelque chose bien sûr, bon tout le monde sait aujourd’hui ce que c’est un business plan.

Un business plan, c’est un dossier dont le format maintenant est à peu près bien défini et qui balaye le produit, la propriété industrielle, la concurrence, ensuite l’organisation commerciale, l’organisation humaine, etc, puis, naturellement tout le plan de financement.

Et une tentation peut être de commencer par le début par exemple le produit puis ensuite on s’attaque au dossier commercial, et puis, on va jusqu’au bout.

Et le risque en faisant ça, c’est d’arriver au bout de plusieurs mois de travail pour découvrir qu’on a quelque chose qui est incohérente. Incohérente par exemple, l’incohérence c’est les idées que l’on avait au départ en matière de commercialisation et donc de chiffre d’affaires visé apparaissent incohérents avec les besoins financiers de l’entreprise par exemple, ou bien incohérent avec les ressources que –soit-même- on peut trouver parce qu’il est bien évident que même si l’argent est apporté en majorité par des organismes publics ou parapublic et ensuite par des fonds de capital RISQUE, si l’entrepreneur n’est pas capable de trouver un petit peu d’argent par lui-même, ça a peu de chances de marcher. Donc, voyez-vous risque d’arriver à quelque chose d’incohérent, ce qui oblige à reprendre absolument tout le travail au départ et donc qui aboutit en général à une perte de temps.

Ma recommandation c’est avec l’aide de quelqu’un qui vous pose les bonnes questions et qui donc vous évite de tourner en rond en répétant tout le temps la même chose, essayez de dégrossir le projet en allant … en abordant TOUS les aspects, tout ce que j’ai listé tout à l’heure, encore une fois, le produit, les prix de revient, la propriété industrielle, etc… De manière à vérifier qu’il n’y a pas un gros problème quelque part caché.

Et d’ailleurs ce travail là permet habituellement de préciser toute une série d’idées, j’ai vu beaucoup de gens qui après deux mois passés avec  un partenaire extérieur, avec pas nécessairement une société de conseil payant, ça peut être un ami qui a un petit peu d’expérience et qui est disposé à vous consacrer du temps.

J’ai vu beaucoup de gens qui au bout de deux mois avaient des idées très différentes sur leur projet de celles qu’ils avaient au tout début, des gens par exemple qui ont découvert que – ça va peut être vous paraître un petit peu gros ce que je vais vous dire là – mais quelqu’un qui n’avait pas du tout réalisé que son projet n’avait de chances que si dès le départ il est international.

Ce n’est pas évident, il y a certains produits, certains marchés qui sont tellement segmentés géographiquement que vous pouvez parfaitement envisager de créer une entreprise uniquement sur la France, voir sur une région française.

C’est le cas d’ailleurs de beaucoup de sociétés de service dans lesquelles, il est difficile de dupliquer les modèles dans d’autres régions, puisque ça dépend uniquement du personnel dont vous disposez, il y’a d’autres entreprises par contre d’autres activités pour lesquelles cette notion de segmentation géographique n’a aucun sens, et où au contraire la faiblesse d’un marché géographique local comme une région par exemple même un pays, cette faiblesse au regard des investissements qui sont à faire en matière de recherche, en matière quelques fois de réglementation, d’agrément.

Cette faiblesse fait que le projet n’a pas de sens, et bien alors ça c’est une évidence pour les gens qui ont fait de bonnes études comme on peut le faire à l’ESSEC, c’est une évidence et pourtant je vous assure que j’ai vu nous voyons encore souvent des personnes qui étaient parties sur des marchés qui de toute évidence n’étaient pas cohérents avec le reste du dossier.

Donc, c’est probablement ma première recommandation c’est de dégrossir très rapidement mais dégrossir en allant, en étudiant toutes les rubriques y compris les aspects humains, y compris réfléchir un petit peu aux questions de recrutement est ce que c’est une activité pour laquelle, on peut facilement trouver du monde ou est ce que c’est extrêmement difficile, ne serait ce que parce que ceci aura un impact par exemple sur le taux de croissance que l’on peut envisager.

Si vous êtes dans une activité dans laquelle il est impossible de trouver du personnel commercial, et il y’en a parce qu’ils sont des marchés extrêmement petits, il faut en tenir compte dans la prévision de croissance de votre chiffre d’affaire, voyez-vous, on dégrossit. Donc, ça c’est ma première recommandation.

Interviewer :             Qui pourrait aider justement ?

Jean Jacquin – Capital investissement :        Qui peut aider… Souvent beaucoup de gens peuvent aider s’ils ont simplement un peu de bons sens.

Interviewer :              Oui d’accord.

Jean Jacquin – Capital investissement :           Je ne veux pas dire par là que l’entrepreneur est un imbécile, ce n’est pas du tout ça, mais l’entrepreneur en général, il vit tellement avec son projet que au bout d’un moment, il répète … Il a tendance pardon à répéter un peu les mêmes choses et à considérer comme acquis comme certain les idées qu’il s’est mis en tête ou éventuellement qu’il a mis sur un bout de papier.

Quelqu’un de l’extérieur qui arrive avec un oeil complètement neuf et qui est capable de poser gentiment les questions.

Il n’est pas question de dire comme plus tard peut être les investisseurs le feront sur un temps un peu désagréable, votre truc, j’y crois pas, ça ne repose sur rien, ça non.

Mais quelqu’un qui amicalement est capable de questionner quitte à ce que les questions soient idiotes, bon c’est très bien on pose une question s’il y’a une réponse… Si la réponse est évidente, l’entrepreneur donnera une réponse évidente, et puis on passera à autre chose, mais dans beaucoup de cas je dis je pense que à peu près n’importe qui peut aider.

Alors si c’est quelqu’un qui a de l’expérience de la création de l’entreprise c’est encore mieux parce qu’on a l’habitude, vous disiez tout à l’heure, on voit dans ce métier, dans mon ancien métier, on voit beaucoup de dossiers, c’est vrai je crois que j’ai vu, j’en sais rien peut être 10000 dossiers pour faire sur 30 ans plusieurs centaines d’investissement.

Donc, c’est vrai qu’on voit beaucoup de choses et on voit souvent des causes d’échec qui ne sont pas évidentes auxquelles on ne pense pas c’est-à-dire, j’ai l’habitude de dire que le taux de risque de la création d’entreprise est quasiment incompressible sans qu’on puisse dire pourquoi exactement d’où va venir le problème.

On peut dire les choses autrement quand vous vous promenez dans la rue vous partant de grand vent, vous avez une forte chance de recevoir une tuile sur la tête, mais vous ne pouvez pas dire de quelle toile va tomber la tuile.

La petite entreprise, pendant les quelques premières années, la création la petite entreprise est extraordinairement fragile, elle n’a aucune réserve de rien elle n’a pas de réserve de personnel, elle n’a pas de réserve de clients elle n’a pas de réserves de fournisseurs elle n’a pas de réserve de crédibilité vis-à-vis des banquiers.

Donc, la moindre chose peut la faire capoter ce qui serait un petit caillou sur la route pour une grosse voiture, flanque dans le fossé l’entreprise qui démarre, et vous pouvez voir n’importe quoi, on voit des entreprises qui disparaissent simplement parce que le chef d’entreprise tombe brusquement malade, et il tombe brusquement malade soit d’une maladie somatique soit simplement parce qu’il ne résiste pas au stress, ça peut arriver.

Si quelqu’un, si le chef d’entreprise est sur le [flanc] pendant un mois ou deux, ça peut être suffisant une entreprise peut disparaître parce que elle est [tributaire] d’une ou deux grosses machines qui sont peut être très chères dans certains cas, et la machine tombe en panne, et la machine tombe en panne parce que c’est la faute à pas de chance, mais ça peut être aussi parce que comme elle a été livrée avec un peu de retard, on veut rattraper le temps perdu.

Donc au lieu de la faire travailler 8h/jour avec un bon ouvrier, on l’a fait travailler en deux équipes le deuxième avec quelqu’un qui a été mal formé et qui détruit la machine, j’invente pas, ça c’est une chose que j’ai vue.

J’ai vu quelque chose d’absolument dramatique avec un entrepreneur extrêmement brillant qui faisait marcher sa machine, il y’avait une seule grosse machine, il la faisait marcher en 3/8 et c’est lui-même qui faisait le 3ème, et c’est un des deux autres qui a détruit la machine, quatre mois d’arrêt, ça été la mort de l’entreprise.

Une entreprise peut disparaître parce qu’elle a un jour un geste de mauvaise humeur du banquier, le banquier.

Alors c’est bien que les banques ne sont pas faites pour prendre le risque de financer une petite entreprise, ce n’est pas leur rôle, mais les banques au bout d’un an deux ans, trois ans peuvent commencer à rendre quand même quelques services sans [lesquels vous ne pouvez pas faire] fonctionner l’entreprise sans banque.

Si les relations entre le chef d’entreprise et le banquier ne sont pas exactement ce qu’elles devraient être, vous pouvez très bien avoir un jour un geste de mauvaise humeur d’un banquier qui un [coup classique] par exemple c’est de profiter de la période des vacances, la personne qui s’occupe de votre compte est en vacances et elle est remplacée par quelqu’un d’autre.

Le quelqu’un d’autre juge le dossier pas très solide, et refuse de faire une échéance par exemple, ce sont des choses qui arrivent ça.

Interviewer :             C’est malheureux ça quoi !

Jean Jacquin – Capital investissement :          C’est malheureux, et c’est aussi en partie de la faute du chef d’entreprise, mais c’est la faute du chef d’entreprise parce que comme il était submergé, il n’a pas pris le temps de maintenir le dialogue, d’expliquer ce qu’il faisait, de donner confiance dans ses prévisions, voilà.

Mais, il ne peut pas tout faire et encore une fois il est tout seul enfin, il n’a pas beaucoup de monde avec lui, donc, ce que je veux dire c’est que les causes d’échec d’une petite entreprise sont véritablement extraordinairement nombreuses et on n’y pense pas toujours.

En particulier quand on crée son entreprise c’est qu’on est enthousiaste, on est enthousiaste, on est un peu caractériel parce que si on n’était pas caractériel on resterait bien au chaud dans une grande boite, on ne s’embêterait pas avec ça, donc on a une personnalité forte, et une personnalité forte à priori le voit plutôt la route ouverte dégager la confiance en son projet et donc elle ne pense pas nécessairement à tous les risques.

Donc pour répondre à votre question qui peut aider quelqu’un à dégrossir son business plan au départ, c’est mieux en effet, si c’est quelqu’un qui a déjà vu beaucoup de choses et qui peut mettre en garde contre tel et tel risque

Interviewer :              On a parlé de… vous avez évoqué rapidement en fait les emprunts bancaires, que les banques arrivaient un peu après, j’avais vu un moment des statistiques qui disaient que la plupart des personnes qui se lancent, les entrepreneurs commençaient toujours d’abord par un emprunt bancaire avant d’aller voir un fonds d’investissement.

Jean Jacquin – Capital investissement :          Un emprunt personnel, oui oui bien sûr c’est vrai mais je vous disais tout à l’heure qu’il faut en effet qu’il y’ait un petit apport personnel pour de multiples raisons, un financier professionnel, un investisseur en capital, il n’investit pas sur un projet, il n’investit pas sur une idée, il investit sur un bonhomme ou une bonne femme.

Si cette personne n’a envie de prendre aucun risque comment voulez-vous qu’un fond qu’il va dépendre de cet homme ait envie lui de prendre un risque ?

Si l’entrepreneur peut dans la première difficulté dire : « Bon, allez, je m’en lave les mains débrouillez-vous avec ma boite, moi je m’en vais », bon, on voit cela aussi vous savez… Parmi les entrepreneurs, on envoie quelques uns par exemple le monsieur qui a passé 30 ans ou 25 ans dans une grande entreprise et qui a mis un tout petit peu d’argent de côté et qui dit ben moi j’ai envie de créer mon entreprise, mais je veux avoir un parachute dans ma boite, je veux être certain de pouvoir y retourner si les choses tournent mal.

Je veux bien entendu être majoritaire dans ma nouvelle entreprise, j’apporte d’ailleurs toute mon expérience, mon savoir faire, etc. Mais je ne veux pas mettre un sou, on voit ça.

Il est évident que personne ne mettra un centime sur lui parce qu’en effet il est libre de repartir quand il veut et de laisser le fonds, l’investisseur avec une participation minoritaire ou majoritaire peu importe dont il ne sait absolument pas quoi faire parce que lui, il ne connait pas la technique, bon, ce n’est pas son métier de diriger une entreprise.

Donc, il faut que le fondateur soit capable d’apporter un peu d’argent ou bien il en a un peu par lui-même et on comprend, à l’inverse les fonds d’investissement savent parfaitement que quelqu’un qui a 45, 50 ans qui a une famille ne peut pas mettre la totalité de ses économies de toute sa vie dans une entreprise, c’est bien évident.

Interviewer :             Donc, il faut faire un geste quand même

Jean Jacquin – Capital investissement :       Il faut faire un geste et ce geste là si l’homme a l’argent c’est très bien et s’il ne l’a pas c’est le cas souvent des fondateurs jeunes, et bien il y’a en effet la possibilité d’avoir des prêts d’honneur, des prêts personnels.

Les prêts personnels sont d’autant plus faciles à obtenir que la banque connait la famille depuis longtemps sans même nécessairement demander une caution, mais simplement parce qu’ils ont confiance dans la mentalité de la famille.

Donc, oui il faut un petit peu d’argent, mais par contre la banque ne prêtera pas d’argent à l’entreprise, elle ne fera pas de découvert, elle ne fera pas de prêts à moyen terme sauf cas exceptionnel, mais il faut qu’elle joue son rôle de banquier par exemple en [escomptant des traites] en permettant à un compte de vivre, vous ne pouvez pas vivre dans une entreprise si vous n’avez pas un compte bancaire pour les salaires pour tout ce que vous imaginez, pour les charges sociales.

Interviewer :             Aujourd’hui, il y’a le factoring qui le permet aussi.

Jean Jacquin – Capital investissement :  Alors bien entendu mais le factoring en principe quand tout le monde est honnête, le factoring est rigoureusement sans aucun risque pour l’organisme qu’il pratique.

Le risque vient quand l’entreprise n’est pas très fiable quand elle déclare des factures qui ne correspondent pas à des livraisons ou quand elle livre des produits qui ne sont pas très sûrs et le client ensuite peut se retourner faire un procès ou refuser de payer.

Bon, mais normalement quand une entreprise se comporte bien et quand les gens sont honnêtes, le factoring est sans risque.

Interviewer :              Tout à fait.. Très bien vous qui avez vu passé plus de 10000 dossiers, et que vous disiez que vous aviez investi dans une centaine à peu près, quels ont été les points sur lesquels vous avez dit oui … Qui a déclenché votre oui pour suivre un dossier ou pas ?

Jean Jacquin – Capital investissement :             Alors, on a fait plus que 100, c’est plusieurs centaines, au début surtout au début, je faisais des investissements plutôt petits, par conséquent, ça représentait pas mal d’affaires, aujourd’hui, d’abord, je ne suis plus opérationnel j’ai encore des fonctions dans le fond, ce n’est plus moi qui étudie les dossiers mais enfin je les vois passer. Alors, pour répondre à votre question…

C’est compliqué, premièrement il faut qu’au départ, il y’ait un minimum de coups de cœur, il faut que globalement on aime bien le dossier, alors à quoi ça tient, ça tient à beaucoup de choses, à la façon, on commence d’abord par un document écrit la plupart du temps; avant de voir l’entrepreneur, il faut un document écrit, il faut que ce document écrit, ou « l’executive summary» comme on dit au français, le teaser du dossier, il faut que ce soit agréable à lire, il faut qu’au bout de 2 pages, 3 pages on ait compris de quoi il s’agit, on ait compris les enjeux, on ait compris les aspects positifs, bien entendu on ait compris la rentabilité espérée du dossier, donc, il faut que ce soit clair, et en plus de ça, il faut que ce soit agréable à lire.

Alors, j’appartiens à une génération qui n’existe peut être plus, où on attache un peu d’importance à la forme, mais c’est vrai que les dossiers mal rédigés, mal présentés bourrés de fautes d’orthographe excessif et des choses de ce genre, ça agace, donc il faut qu’il prend premièrement un coup de cœur.

Alors, deuxièmement, on réfléchit, on essaie au-delà du coup de cœur de vérifier – comme je vous l’ai dit tout à l’heure – la cohérence, une des premières questions qu’on se pose c’est : « Est ce qu’il est plausible pour une petite entreprise de réussir sur ce type de marché ».

Je vous donne un exemple un peu excessif aussi, mais quelqu’un qui vient en France aujourd’hui avec l’intention de fabriquer des semi-conducteurs donc hard la réaction ou quelque chose qui tourne autour des semi-conducteurs, la réaction instinctive sera personne n’a jamais réussi en France, j’exagère mais pas grand nombre a réussi.

Quelqu’un qui vient avec un logiciel on sait très bien qu’il y’a eu beaucoup de très grands succès en France, il y’a des boites qui sont venues des leaders mondiaux dans le domaine du logiciel, pourquoi, on dit, parce que ça correspond mieux au génie de l’esprit français, c’est peut être un peu vrai, mais ce qui est surtout vrai c’est que ça demande considérablement moins d’investissement.

Et en plus de ça, c’est un marché qui se renouvelle peut être plus vite, qui n’est pas dominé par les monstres mondiaux qui existent actuellement donc première réflexion, on se dit : « Bon, ce type de produit là est ce qu’il a une chance de réussir ou pas ».

Dans le domaine de la pharmacie par exemple, on sait très bien qu’il y’a des secteurs qui sont porteurs, il y’en d’autres qui sont moins porteurs, mais si on envisage, enfin si on pense que le délai de maturation du projet est supérieur à 10 ans, on y regarde à deux fois, simplement ce n’est pas du tout un jugement de valeur qu’on porte sur le dossier, mais on se dit de toutes les façons, c’est quelque chose sans quoi on ne réussira jamais à gagner de l’argent parce que la sortie, mot qui vient tout de suite à la bouche des investisseurs.

Mais il est normal parce qu’il faut bien qu’il sorte un moment quelconque, s’ils sont piégés à vie dans une entreprise, c’est exactement comme si l’entreprise avait déposé son bilan, donc, on se dit si la sortie intervient après la fin de vie de mon fonds, j’aurais tout perdu.

Donc, voilà, on se pose ce type de questions un petit peu objectives sur la nature du produit, une fois qu’on a fait ça, on essaie de regarder s’il y’a un autre avis, une cohérence entre les objectifs commerciaux et les moyens mis en avant, alors ça c’est un petit peu l’expérience qui dit dans telle activité, on sait qu’il faut tant de bons hommes pour faire tant de chiffres d’affaire.

Dans telle activité, on sait que quand on commence à recruter du monde dans le domaine commercial par exemple, l’expérience montre que au bout de 6 mois, il reste une personne sur 3 ou deux sur trois, on s’est trompé.

On s’est trompé parce que c’est la nature humaine de se tromper, parce que les gens qui se présentent en général se présentent bien avec toute la…

Interviewer :             Toute la motivation.

Jean Jacquin – Capital investissement :          Voilà. Donc, on sait qu’on ne peut pas dire « Je vais recruter demain matin 15 personnes, et ces 15 personnes vont vendre après demain matin, on sait que sur les 15 personnes dans un an il en restera 5, 6, 7 et que ces 7 personnes vont avoir besoin de 2, 3 ou 4 mois pour commencer à être opérationnel, et ensuite qu’il faut un certain délai pour commencer à engranger des commandes, et puis ensuite un certain délai pour livrer et être facturé.

Donc, si vous voulez, si vous voyez un business plan dans lequel on vous dit «  je vais récolter mes fonds le 31 mars et à partir du 1er mai je vends ça », vous pouvez tout de suite dire que ça ne tient pas debout.

Alors, c’est une évidence mais enfin c’est le genre d’incohérence qu’on voit relativement fréquemment, donc, on essaie de regarder les cohérences en se basant un petit peu sur l’expérience que l’on a d’activité un petit peu semblable.

Dans le domaine de la pharmacie par exemple, on sait également par expérience qu’il faut en moyenne tant d’années et tant de millions d’euros pour obtenir une [AMN]. Bon, alors on ne sait pas toujours quelques fois on tombe sur un dossier qui est un petit peu nouveau pour nous, je vous donne un exemple, on a traité récemment un dossier dans le domaine de la pharmacie animale, il y’a peu d’expériences dans la pharmacie animale en France, et c’est vrai que nous, nous n’avions au départ absolument aucune idée du délai et du coût d’une AMN pour les animaux pour les vaches et les trucs de ce genre pour lesquels il faut des [AMNs].

Donc, là si vous avez eu un coup de cœur pour l’ensemble du dossier, vous vous dites : « Je vais étudier ça, je vais y passer un petit moment », et vous prenez le temps de passer un certain nombre de coups de fil à des amis pour dégrossir un petit peu. Si vous n’avez pas eu un coup de cœur pour le dossier, vous dites « je laisse tomber », « je laisse tomber parce que je ne connais pas ».

Interviewer :             Par affinité en fait.

Jean Jacquin – Capital investissement :           Voilà, et ce qui fait qu’il y’a des investisseurs qui se contentent d’un tout petit domaine, ce qui n’est pas du tout nécessairement une erreur parce que d’abord, ils sont beaucoup plus efficaces dans l’analyse du dossier, et également parce que par la suite dans la vie de l’entreprise, ils pourront apporter quelque chose s’ils connaissent le secteur, ils connaissent également les leaders d’opinion, ils connaissent les clients potentiels, ils connaissent éventuellement les partenaires industriels, etc.

Donc, il y’a des gens qui se spécialisent secteur par secteur, si vraiment, vous avez un coup de cœur pour quelque chose, vous vous dites : « Bon, ben je ne connais, mais ça me parait suffisamment intéressant pour que j’y consacre du temps ».

Donc, ça va être une diversification comme une entreprise industrielle fait une diversification.

Après ça, vous regardez les aspects financiers bien entendu, vous essayez de voir encore une fois s’il y’a des cohérences, il faut être très prudent parce qu’aujourd’hui le culte du tableur permet de fabriquer des documents qui auront une grande apparence de cohérence.

C’est rare surtout si vous êtes passé par un expert comptable qui dispose de ce genre d’outils, c’est rare qu’il y ait de grossières incohérences comme vous le voyez avant c’est-à-dire que le compte d’exploitation, le bilan, les plans de financement sont entre eux parfaitement cohérents, ça ne veut pas dire pour ça qu’ils sont exacts parce que sur un tableur, vous pouvez faire varier n’importe quel paramètre, la machine calcule instantanément tout le reste, et donc vous ajustez vos paramètres jusqu’à ce que vous ayez le résultat qui vous convient sans que ça repose nécessairement sur quelque chose de très solide.

Donc, à ce moment là, il faut vraiment rentrer dans le détail et pour ça il faut que dans le fonds ce qui n’est pas toujours le cas dans le fonds d’investissement il y’ait des gens qui connaissent un peu la comptabilité.

Il y’a une tendance dans beaucoup de fonds d’investissement en France à l’étranger aussi, mais en France c’est très manifeste à rechercher plutôt chez les chargés d’affaires dans ces fonds de rechercher des individus qui ont des grosses têtes et une bonne capacité d’analyse stratégique, c’est-à-dire qui s’intéressent plus à la globalité du marché ou aux principaux secteurs, à l’évolution quantitative espérée de ces marchés-là puisqu’elles sont des choses absolument importantes.

Mais ce type de tournure intellectuelle est en général pas très compatible avec le « [Pencil] Pushing » disent les anglais, ou les américains de l’analyse [fouiller] d’un compte d’exploitation et d’un bilan », et ça moi je considère que c’est absolument indispensable.

Il n’ya pas besoin de le faire d’ailleurs sur 10 ans, si vous prenez les quelques premiers mois d’activité, vous regardez, et que vous interrogez, alors encore une fois comme vous le disiez toute à l’heure à propos d’autre chose, il n’y a pas nécessairement besoin d’être très intelligent ou très spécialiste :

Si vous prenez un compte d’exploitation avec toutes ces rubriques, d’abord, vous avez exigé qu’il soit suffisamment détaillé, parce que si vous avez des agrégats énormes, vous ne pouvez absolument rien voir, mais comme vous avez un compte d’exploitation, vous descendez ligne par ligne, et vous interrogez le chef d’entreprise quand vous l’avez plus tard en face de vous en disant :

« Bon, expliquez moi cette ligne là, explique-moi la ligne suivant, ah vous dites que votre prix d’achat, votre coût d’achat c’est en… Vous avez des devis, vous avez obtenu des devis ? », « Non je n’ai pas le devis, mais j’imagine que… »

Vous posez ce genre de questions, et puis au bout d’un moment, vous vous dites ça tient raisonnablement la route, ou bien ça ne tient pas du tout la route.

Donc ça, et puis enfin, vous en arrivez au besoin de financement, et là, vous vous posez une question : « Est ce que j’ai envie d’investir x centaines de milliers d’euros, ou x millions d’euros sur ce projet sachant que vraisemblablement dans deux ans », il faudra en remettre probablement autant si tout va bien, voir plus, ou « Est-ce que le jeu en vaut la chandelle », et bon là c’est un jugement une fois que vous en êtes à ce stade là, vous dites j’ai envie d’aller plus loin ou pas.

Si vous avez envie d’aller plus loin l’étape suivante c’est de rencontrer le chef d’entreprise et ça c’est l’étape décisive parce qu’il y’a des gens avec qui vous vous sentez bien, vous avez envie de travailler avec, et puis il y’a des gens avec qui vous ne vous sentez pas bien.

Là, c’est le jugement humain avec toute son incertitude, c’est particulièrement difficile parce que d’abord c’est…

Interviewer :             Ce n’est pas rationnel.

Jean Jacquin – Capital investissement :            D’abord, ce n’est pas rationnel, bien entendu pas beaucoup rationnel. C’est difficile parce que les chefs d’entreprise même si j’ai dit tout à l’heure pour les taquiner qu’ils étaient un petit peu caractériels, mais enfin, comme je vous l’ai dit tout à l’heure j’ai commencé ma vie aussi comme chef d’entreprise, par conséquent, je parle pour moi, même s’ils sont un peu caractériels, en général ils sont intelligents.

Et étant intelligents,ils comprennent bien les questions qu’on leur pose et comprenant les questions qu’on leur pose, ils savent quelle réponse il faut faire et surtout s’ils ont déjà vu avant vous un ou deux autres fonds pour se faire la main, ils sont tout à fait capables de vous tenir un discours qui est un discours parfait, mais qui ne correspond pas nécessairement à ce qu’ils pensent réellement.

Alors, comment y aller au-delà, chacun ses trucs, il y’a les analyses graphologiques qui valent ce qu’elles valent, ou qui valent ce que vaut le graphologue plus exactement, il y’a d’autres techniques, moi je sais que dans la [xxx] où j’ai été pendant très longtemps, j’avais un collaborateur avec qui j’avais mis au point une technique très simple et je fixais en général le premier rendez-vous en fin de journée vers 6h, 6h30 sous le prétexte que j’ai une journée étant difficile pour tout le monde, on serait plus au calme pour parler.

Et pour la plupart des entrepreneurs, c’est un peu stressant une interview avec quelqu’un qui a le pouvoir de vous aider ou non à démarrer votre entreprise. Donc, en général même quand ils sont un petit peu sûrs d’eux, ils arrivent un petit peu stressés, alors, je m’arrangeais toujours pour augmenter un petit peu le niveau de stress en parlant d’autre chose, toujours des trucs dont on peut parler, et le temps passé.

Et à 7h du soir mon collaborateur venait me voir entrain de [xx] dans mon bureau, je ne savais pas que t’avais quelqu’un « excusez-moi, mais écoute, j’ai une journée c’est absolument terrible, j’ai absolument besoin de boire quelque chose, je venais te demander… »

« C’est une très bonne idée, on va boire tous les trois », et il venait et il a mis une bouteille de n’importe quoi de vin blanc et on buvait encore une demi-heure, ce qui avait le don d’irriter un petit peu l’entrepreneur, et puis après ça, je lui disais : « Bon, attends, il est 7h maintenant, on ne vas pas commencer à bavarder, on va dîner, et on va parler tout en dinant », et ce qui permet de le faire boire un peu, ce qui permet de le stresser, ensuite avec des changements de rythme et c’est un truc qui vaut ce qu’il vaut, mais ça m’a permis à plusieurs reprises de mieux cerner la personnalité de l’homme que d’un entretien très formel dans un bureau.

Ensuite, moi je m’arrangeais toujours pour voir l’entrepreneur plusieurs fois avant de décider, plusieurs fois c’est 3 ou 4 ou 5 fois avant de prendre une décision de principe.

Après ça, une fois qu’on a été d’accord sur le principe, on se voit beaucoup plus pour toutes les formalités, les détails, il les a justement, mais avant même de dire j’ai envie d’y aller ou pas, avant même de passer dans le comité interne d’un dossier, je m’arrangeais pour le voir à plusieurs reprises.

Si l’homme est marié, dans toute la mesure du possible, j’essayais de voir la femme, éventuellement les inviter tous les deux à déjeuner ensemble malgré ça, je me suis fait piégé 2 ou 3 fois, plus de plusieurs fois.

Alors une autre raison pour laquelle on peut se faire piéger et qui est très intéressante, c’est que vous faites affaire avec quelqu’un aujourd’hui, et vous cernez à peu près le comportement de ce quelqu’un aujourd’hui, rien ne vous dit qu’il restera le même dans 6 mois parce que la vie, la création d’entreprise, c’est un stress considérable et vous ne pouvez pas savoir exactement comment les gens se comporteront dans le stress.

Et ça va dépendre de certaines personnalités, j’ai connu des gens qui s’épanouissaient dans le stress, vraiment, c’est absolument incroyable ! Plus ils avaient le souci de problèmes de difficultés, plus ils étaient détendus, souriants, sûrs d’eux, et bon, c’est extraordinaire ça, j’en ai connu d’autres qui dans les premières difficultés s’effondraient complètement, j’en au connu d’autres qui dans les premiers succès ont perdu complètement la tête, ils se sont mis à faire des folies en pensant que tous les problèmes étaient derrière eux, et que voilà, on dépense de l’argent, on signe des accords de distributions pour des produits qui sont presque au point mais pas complètement au point.

J’ai vu des gens qui ont perdu la tête au bout de quelques mois au point d’en devenir très violents. Je me souviens de deux créateurs d’entreprise qui étaient venus me voir une fois en disant vous avez l’équipe de choc en face de vous, vous voyez, lui c’est le super scientifique, moi je suis à la fois un bon financier et bon en marketing, à tous les deux, on va faire une équipe absolument extraordinaire.

En plus de ça, ça fait 30 ans qu’on se connait dans la même boite depuis très longtemps, on a l’habitude même de se voir le weekend. Nos femmes se connaissent et s’adorent, donc, on pourra rester au bureau jusqu’à minuit tous les soirs, il n’ya pas de problème. Elles habitent l’une à côté de l’autre et elles sont en bonne compagnie.

Donc, le discours, absolument- je caricature là – ce discours là très bien fait par deux types [absolument] sympathiques.

Au bout de 6 mois, ils ont eu tout un tas de soucis parmi les choses inéluctables auxquelles je faisais allusion tout à l’heure, ils en sont arrivés à presque s’entretuer. Quand je dis presque c’est devenu violent, c’était la bagarre physique parce que ces deux hommes qui avaient partagé plutôt le travail intellectuellement gratifiant d’un grand labo n’avaient pas du tout… Et qui s’entendaient bien pour faire ça, qui n’avaient partagé que ça, n’ont plus été capables de partager le stress, les difficultés, les clients mécontents, les problèmes financiers, etc.

Donc, vous voyez la difficulté, c’est que même si vous êtes un génie, savoir ce que deviendront les individus quelques mois plus tard, c’est extrêmement difficile, et je ne sais pas si les graphologues savent dire ça. Peut être qu’il y’a des signes dans la graphologie qui peuvent permettre de deviner. Il y’a peut être des indicateurs de fragilité, bon je ne sais pas, mais ce n’est pas facile, voilà.

Donc, la démarche c’est très traditionnelle, c’est… je crois que tout a été dit et écrit sur le sujet ? C’est en effet l’expérience qui fait la différence.

Interviewer :             Côté investisseur ou côté entrepreneur ?

Jean Jacquin – Capital investissement :           Côté investisseur. Côté entrepreneur, on a dit un petit peu tout à l’heure, aussi ça peut aider encore que ce n’est pas évident, vous savez. Moi j’ai vu des gens qui ont démarré leur entreprise en sortant de l’école et qui ont réussi admirablement, voir quelques fois, sans même être sortis de l’école.

J’ai souvent tendance à dire, en caricaturant un petit peu là aussi, pour pouvoir caricaturer beaucoup que les écoles, elles ne servent qu’à ceux qui sont incapables de s’en sortir autrement. Ça limite la casse, mais le type qui est vraiment un génie quelques fois n’a pas besoin d’avoir fait des études très approfondies, en tous cas pas dans le domaine business, dans le domaine scientifique peut être.

Ça ne s’invente pas, mais oui l’expérience elle n’est pas complètement indispensable pour l’entrepreneur. Pour l’investisseur, je crois qu’elle l’est.

Interviewer :              Quels sont les profiles types d’un investisseur, est ce que ce sont dans un entrepreneur généralement ou une personne issue de la banque par exemple ?

Jean Jacquin – Capital investissement :         La tendance, c’est soit de recruter des jeunes brillants surtout avec des diplômes scientifiques brillants, soit de recruter des gens qui viennent de la finance ou du conseil. Ça veut dire cela qu’on privilégie le côté « Intelligence » et le côté « Analyse stratégique » et le côté « Financier », on privilégie ça par rapport à l’expérience de la gestion d’une entreprise.

Interviewer :             D’accord

Jean Jacquin – Capital investissement :         Et je crois que c’est une erreur, je pense que c’est une erreur, je ne connais pratiquement aucun dirigeant ou aucun même chargé d’affaires d’un fonds d’investissement qui ait eu une expérience d’entrepreneur. Je n’en connais pratiquement aucun. Et je crois que c’est une erreur. Je crois que c’est une erreur pour plein de raisons si vous voulez :

D’abord, parce que et encore une fois ce n’est pas un jugement de valeur que je porte, c’est simplement qu’il y’a des gens qui sont faits pour faire quelque chose et puis d’autres pour d’autres, je pense que l’analyse globale d’un dossier, son analyse stratégique, son analyse financière, même complétée par l’analyse humaine, ça ne remplace pas complètement l’analyse comptable du dossier.

Si vous n’avez pas une raisonnable certitude sur… même pas une certitude, si vous n’avez pas une raisonnable connaissance du compte d’exploitation qu’est ce qu’il y’a derrière tel mot, qu’est ce qu’il y’a derrière coût direct de fabrication par exemple. Si vous ne savez pas en détails ce que c’est, comment voulez-vous derrière mettre en place les outils de contrôle de l’entreprise, c’est strictement impossible, vous allez contrôler des chiffres, mais ça c’est la comptabilité générale, ce n’est pas la comptabilité de gestion de l’entreprise, ce n’est pas ça qui va vous dire « il faut faire un effort sur les coûts d’achat, il faut faire un effort sur la main d’œuvre », vous n’en saurez rien.

Donc, si vous n’avez pas analysé en détails le plan comptable, le projet comptable d’une l’entreprise, déjà, vous ne pouvez pas mettre en place les outils de contrôle de l’investissement.

Alors, vous me direz « Le contrôle, il va se faire par le résultat », c’est simplement si au bout d’un an vous vous apercevez que le résultat est calamité, vous avez perdu un an et vous devez reprendre tout à zéro, et corriger un certain nombre d’erreurs, et une petite entreprise, je vous le disais tout à l’heure, elle n’a pas de réserves, elle n’a pas de réserves de temps.

Une idée géniale ne restera géniale que très peu de temps, très peu, quelque soit cette idée. Il y’aura de toutes les façons quelque chose d’autre qui viendra et qui sera aussi bonne, voir meilleure pour perdre un an dans le développement d’une entreprise, c’est absolument criminel.

Donc, pour revenir à mon discours, je pense qu’il faut pouvoir être capable de faire une analyse comptable et le deuxième intérêt d’avoir été au manivelle soi-même c’est que ensuite, quand vous dites au chef d’entreprise « Je pense que vous devriez réfléchir à ça », vous le lui dites gentiment en respectant son boulot bien sûr, en vous intéressant à ce qu’il fait et pour vous intéresser à ce qu’il fait, il faut être entré dans les détails, il ne faut pas [rester] de très haut.

Il y’a beaucoup de gens, beaucoup d’investisseurs, qui quand ils viennent voir les chefs d’entreprise, s’asseyent en face de lui à son bureau et regardent les comptes, mais qui ne veulent pas aller voir à l’atelier ce que le type fabrique.

C’est complètement calamité sur le plan des relations, c’est une forme de mépris vis-à-vis de ce qui représente quand même 95% en temps en tous cas des soucis du chef d’entreprise.

Si vous voulez avoir ce type d’attitude et pouvoir dire à quelqu’un avec une chance d’être écouté « Je vous conseille de faire ça, vous devriez regarder ça », j’ai vécu telle circonstance, bon bien sûr rien n’est jamais identique, mais à mon avis, face à tel type de problèmes, voilà ce que vous voudriez faire, vous ne pouvez faire ça que si vous-même avez été déjà aux manivelles. D’abord, si vous ne l’avez pas été…

Interviewer :              Avant de venir présenter le dossier, quels sont les conseils clefs que vous pensez que voilà que vous devriez donner à l’entrepreneur ?

Jean Jacquin – Capital investissement :        Alors, il y’a plusieurs étapes, il y’ a pendant la rédaction de business plan et une fois le business plan supposé terminé est bien fait.

La première partie, enfin dans la première hypothèse, c’est-à-dire, quand on en est à la conception et à la rédaction du business plan, je pense qu’il ne faut aller voir personne en direct.

Il ne faut pas aller déflorer le sujet. Par contre, et si vous avez un intermédiaire, cet intermédiaire, peut lui aller voir les financiers et dire « Je tiens en ce moment, je travaille sur un projet dans tel.., est ce qu’à priori, c’est le genre de trucs qui vous intéressent, est ce que c’est un secteur qui vous intéresse ».

Ça c’est important parce que vous pouvez en ce moment recueillir un certain nombre d’informations qui peuvent vous aider à la rédaction d’un business plan, c’est également important parce que quand quelques mois plus tard, ou quelques semaines plus tard, vous serez prêt avec le document, vous saurez qui aller voir déjà, et puis il y’aura eu déjà un premier contact.

Donc probablement le dossier sera examiné un petit peu plus rapidement, donc, ma recommandation, c’est pendant la rédaction du business plan ne pas aller voir les gens que plus tard vous solliciterez, mais si vous travaillez avec quelqu’un, je suis pas entrain de prêcher pour ADVITECH, d’autres gens qui font la même chose, mais essayez de faire, prendre des contacts préliminaires par un intermédiaire.

Une fois que le dossier est prêt et qu’on doit aller le présenter  d’abord à des investisseurs avant la banque, là aussi, je pense que à moins que vous disposiez, enfin vous entrepreneur, de connaissances particulières sur ce milieu, ce qui n’est pas très facile, ce n’est pas très facile parce que c’est un milieu qui est un petit peu fermé si vous n’avez pas vous-mêmes fréquenté, ce n’est pas très facile.

Et puis, en plus, c’est difficile parce que c’est un métier qui évolue, dans les fonds qui sont dans leur [xxx] de grand organisme financier, il y’a un turn-over qui est relativement important.

Donc, ce n’est pas très facile de bien connaître les fonds, et puis en plus de cela, même les fonds qui sont des fonds privés, autonomes, qui ne dépendent pas d’organismes financiers, il peut y avoir des variations d’un moment à un autre, ne serait ce que par rapport à l’âge du fond qui investit.

Vous savez que les fonds sont créés pour une période de 8 à 10 ans. Donc, il y’a une phase d’investissement de 4 ans suivant que vous êtes au début de la phase d’investissement ou à la fin de la phase d’investissement, vous ne pourrez pas présenter le même projet.

Enfin, il y a des spécificités, des goûts particuliers pour tel ou tel type d’industrie, et c’est difficile d’être bien informé de l’extérieur sur les comportements, les mentalités des fonds.

Donc, c’est pour ça qu’il peut être utile de faire appel à quelqu’un. Alors faire appel à quelqu’un pourquoi… Pour choisir votre fonds, et choisir votre fonds, en fonction de plusieurs critères. Celui évidemment qui a le plus de chances de s’intéresser à vous. Si vous commencez par visiter 5, 6 fonds et que votre dossier est refusé, vous allez vous aigrir et vous dira «  Si j’avais la chance de vivre aux états unis » comme on l’entend dire souvent, ce qui n’est pas évident parce que le capital RISQUE est vraiment plus sévère aux états unis qu’en Europe.

Donc, bon, ça vous décourage un petit peu, donc, il faut essayer d’aller en priorité là où vous avez une chance que ça marche, c’est-à-dire, là où il y’a de l’appétit pour ce type de dossier et là où il y’a un fonds qui est en état d’investir.

Deuxièmement, il faut faire conseiller sur la moralité de ces gens. C’est très important, vous allez vivre pendant plusieurs années avec. Alors, je ne dis pas que des gens se conduisent mal, simplement, il y’a en a qui mettent … Juger un dossier, c’est tout un équilibre entre tout un tas de choses, entre la sécurité, la rapidité de développement, le profit, etc.

On peut mettre les différents curseurs à différents niveaux, il y’a des gens qui vraiment mettent en priorité [le curseur] rentabilité et dès que quelque chose commence à ne pas aller, immédiatement, tourne le dos, il y’en a d’autres qui sont un petit peu plus globaux, voire humains dans leur approche.

Il y’en a qui savent comprendre les difficultés, il y’en a d’autres qui estiment qu’ils n’ont pas à comprendre, le type avait dit qu’il ferait ça, il ne le fait pas, bon on exécute. Alors que d’autres disent « Bon d’accord, cet objectif n’a pas été atteint, mais en échange d’autres choses ont été atteintes et les perspectives à moyen terme restent toujours les mêmes, il y a différentes mentalités.

Donc, il faut choisir les gens qui correspondent à votre style, qui peut être différent, encore une fois, ça dépend aussi de votre personnalité propre.

Et puis ma recommandation, c’est privilégier les fonds dans lesquels, il n’y a pas trop de turn-over, parce que quand il y’a beaucoup de turn-over, vous savez que le risque dans beaucoup de pays et notamment dans le notre que j’aime beaucoup par ailleurs, c’est que quand quelqu’un remplace quelqu’un d’autre à priori ce que le prédécesseur avait fait était idiot.

Donc, si le prédécesseur avait choisi d’investir dans ce dossier, c’est forcément un mauvais dossier. Je caricature à peine. C’est quelque chose qu’on a vue.

Donc, s’il s’agit d’un gros dossier par exemple, c’est un cas que j’ai vécu, il n’ya pas encore très longtemps, s’il s’agit d’un très gros dossier, dans lequel, il y’a 6 investisseurs, parce qu’il a fallu investir au total 15 millions d’euros et que sur les 6 au bout de 3 ans, il y’en a 3 qui ont changé de direction, vous voyez l’atmosphère dans les conseils d’administration, et la facilité à prendre des décisions quand il y’a des décisions importantes à prendre, ne serait que par exemple de refinancer l’entreprise. Donc, il vaut mieux privilégier les fonds qui sont stables en personnel.

Interviewer :             Donc, monsieur Jacquin, merci beaucoup

Jean Jacquin – Capital investissement :          Je vous en prie

Interviewer :              Merci pour cette interview qui était vraiment très enrichissante et ça était un réel plaisir.

Jean Jacquin – Capital investissement :            Je vous en prie, c’était un réel plaisir de parler avec vous aussi

 

[Fin de la transcription]

                                   

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